Sofia, Aya Sofia… [FR]


Il s’agit de la capitale de la Bulgarie, et non pas de la mosquée d’Istanbul, le rapprochement de la sagesse (c’est ça que signifie «Sophia» en grec, la langue de l’Empire byzantin) et du nom de la ville n’est pas aléatoire.

Je suis allé à Sofia curieux de savoir si le proverbe «Nul n’est prophète en son pays” est vrai ou non. Bien sûr que c’est vrai! Le chemin à travers les villages abandonnés a été accompagnée par „Tosca” de Puccini, l’opéra de la torture, de la répulsion contre la répression, de la mort. Une belle ville, très calme, avec un certain air de capitale et un parfum discret d’Istanbul.

Daniela Gortcheva, journaliste bulgare célèbre dans les cercles intellectuels de son pays, a quitté la Bulgarie en 1990, et publie un magazine, „Dialogue”, pour ses compatriotes dans les Pays-Bas, mais la gazette est connue ici aussi.

Elle me montre le lieu du plus grand attentat de l’histoire, d’avant le 11 Septembre 2001. L’eglise „Sainte Nedelya” – “Sainte Dimanche”, qui a explosé en 1925, lors des funérailles pour un général bulgare, Konstantin Georgiev, tué par un groupe de terroristes communistes. 150 membres de la classe politique, qui étaient venus présenter leurs derniers hommages, ont été tués et plus de 500 ont été blessés. La tragédie aurait pu être encore plus grande, mais les membres du gouvernement ont échappé vivants parce que le patriarche a décidé, en raison de la foule venue dire au revoir au général, de sortir le cercueil devant la cathédrale, de sorte que les coupoles ne se sont pas effondrés sur ceux réunis autour de lui. Le Roi Boris III a échappé, comme par miracle, car il était présent à l’enterrement des victimes du terrorisme, provoqué par une attaque contre lui-même, à laquelle il avait réussi à échapper. Les attentateurs étaient les mêmes communistes. C’était leur réaction à l’interdiction du parti communiste bulgare. Un véritable coup d’Etat, causé par le terrorisme de l’Union Soviétique. Quelle popularité aurait pu avoir le communisme en Bulgarie dans la période d’entre les deux guerres, il est facile à comprendre. Peut-être même pire qu’en Roumanie, que nos illégalistes présentaient comme un empire hideux, appelant la population à soutenir le démantèlement de l’Etat. „Le vieux général marchait avec sa petite-fille quand il a été attaqué, plein de sang après avoir été abattu de plusieurs balles, il est décédé sous les yeux terrifiés de la fillette ….” Quelle coïncidence d’apprendre de l’histoire, après les dernières nouvelles, que le terrorisme n’est pas un monopole musulman …

Sf. Nedelya avant l’attentat

… juste apres l’attentat

… et aujourd’hui.

Puis se succèdent le Palais de Justice, le palais présidentiel, mais surtout l’église de “Saint Georges” du IV-ème siècle, le plus vieux bâtiment de Sofia, construit par les Romains, Sofia de l’Antiquité, Serdica, comme on l’appelait alors, a été mentionnée par Ptolémée en tant que ville dirigée par Philippe II, le père d’Alexandre le Grand. Il me semble important d’observer cela comme dans un miroir avec la latinité dont nous sommes si fiers, surtout que, souvent, on l’oppose à la “Mer Slave” qui nous entoure.

Le siège du Parti communiste est la je-ne-sais-pas-la combienne réincarnation de l’architecture totalitaire stalinienne, c’est comme si l’on se trouvait face-à-face avec la “Casa Scanteii” déplacée vers le centre. Quelque part, pas loin, je trouve l’ancien palais de l’administration turcque, la Bulgarie a longtemps été une province de l’Empire ottoman.

Le boulevard “Vitosha”, la nuit, plein de cafés et du monde, un cadre paisible et une magnifique bohème, pleine de jeunes gens – je marche étant surpris par cette superbe atmosphère du lieu, tout en racontant sur Vatamaniuc et son hiver dans les montagnes, sous un arbre – le plus dur, plus dur que toutes les prisons combinées. Et mon intuition, qui me dit que je vais découvrir beaucoup de choses, ne me trompe pas.

Daniela Gortcheva

Elle me regarde avec ses yeux très, très bleus, et me dit une idée que je n’ai jamais entendue en Roumanie:

„La Bulgarie était un pays agraire pendant la période interbellique, 66% de la population vivait en milieu rural. Il y avait peu d’ouvriers. Donc les idées communistes ont été diffusées seulement dans les cercles intellectuels. Les mêmes intellectuels, face à la réalité du communisme plusieurs années plus tard, vont devenir eux-mêmes anticommunistes.

C’est ainsi que les dirigeants communistes, installés par les Soviétiques pour mener la Bulgarie, ont été de la pire qualité possible, des simples opportunistes, qui n’ont jamais contesté le modèle soviétique et qui n’ont jamais quitté les limites imposées par Staline.

C’est pour cela qu’aucune ville ne se révoltait. Pour une révolte, vous avez besoin de dirigeants politiques pour essayer de réformer un système politique. La révolte de Budapest en ’56 ou de Prague de ‘68 avait le soutien des dirigeants communistes patriotes, ici, en Bulgarie, ce n’était pas le cas, les communistes locaux n’étaient que des serviteurs, sans le mondre discernement.

Après l’anéantissement de l’élite politique et intellectuelle (Nikola Petkov, chef du Parti Agrarien, le parti d’opposition, une sorte de Iuliu Maniu de chez nous, a été exécuté par l’ordre de Staline) et les 30.000 personnes qui ont été tuées pour la consolidation du pouvoir, il ne restait personne pour démarrer une révolte.

C’est ainsi qu’ont apparu les Goryani, qui ont été la résistance paysanne, seuls en face du totalitarisme. C’était la seule forme de rébellion, la répression inorganisée, violente et horriblement écrasée par la repression. Une autre forme de résistance n’a pas existé et n’aurait pas pu exister. „

J’y ai réfléchi pendant des heures. J’avais lu ces choses dans plusieurs articles, dont un écrit par Daniela et présenté sur ce blog . Mais, racontées comme ça, elles avaient l’effet d’une gifle. Donc, je dis moi-aussi que pour nous, c’était la même chose: un pays agraire avec un communisme débile, avec une élite pulvérisee, histoire de s’asseoir et de réfléchir: comment aurait pu philosopher sur le marxisme un individu comme Gheorghiu-Dej ou Ceaușescu? Ne confondez pas le nationalisme communiste, perpétué jusqu’aujourd’hui sous diverses formes (voir le cas Antonescu), avec le patriotisme. Les Bulgares n’ont expulsé aucun Juif. Aucun (je me sens obligé de le répéter).

La modernité retardée de la Roumanie a empêché toute forme de résistance au totalitarisme, sauf celle des agriculteurs. Une révolte digne du Moyen Age, celle des nouveaux haidouks, toute aussi tragique qu’anachronique …

Il semble d’autant plus inutile de revendiquer des prétentions de dissidence par la culture et toutes les autres formes d’imposture post factum des intellectuels roumains. Il y a eu des gestes de résistance, bien sûr, disproportionnés par rapport à ce qu’ils auraient dû être. Nous restons, avec les Bulgares, avec cette forme authentique de résistance, celle des haidouks. La seule.

Le lendemain, j’allais rencontrer des descendants de deux Goryani célèbres et un metteur en scène de films documentaires qui venait de terminer une production sur les mêmes “Goryani”. Beaucoup plus qu’intéressant. Mais, j’en parlerai plus tard.

Mise à jour: La suite – dans l’article suivant : “7 kilomètres…” . La version originelle de l’article, en roumain est ici: „Sofia, Aya Sofia…

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